Comment vos convictions sur vous-même peuvent saboter votre boîte.
Voici Punchline, la newsletter du duo Punchie. Nous sommes Félix et Jean, entrepreneurs et coachs depuis 8 ans, spécialisés dans l'amélioration de la performance des dirigeants et dirigeantes à travers les interactions et la communication. Notre mission : soulever les bonnes questions, décrypter les dynamiques d'équipe et aider les leaders à gagner en lucidité et à prendre des décisions.
Punchie fait aussi un podcast ! Découvrez Punchtime, disponible en podcast et en vidéo, où l’on parle avec des dirigeants et dirigeantes des vraies questions, en profondeur et sans tabou. Faut-il projeter le succès pour réussir ? Comment passer de fondateur à dirigeant ? Diriger dans l’ombre ou s’exposer ? De nouveaux épisodes arrivent bientôt. En attendant, nous voici en version écrite.
À contresens de tous les conseils de rédaction web, on va commencer par… vous déconseiller cet article.
Car il n’est pas pour tout le monde. Si vous êtes bien dans votre vie, que vous avez l’impression d’avancer, que vous n’avez pas d’enjeu de performance particulier ou que vous avez envie d’être tranquille dans un futur proche, halte là ! On vous déconseille fortement d’appliquer les conseils qui suivent. Ce n’est pas le moment, et c’est très bien. Vous pouvez garder cet article pour plus tard. Ou juste le lire par curiosité ? Comme vous voulez.
On va aborder aujourd’hui des sujets inconfortables, voire difficiles, qui ont trait à ce qu’on a de plus sensible : notre identité.
On va parler à celles et ceux qui sentent que quelque chose bloque. Qu’ils patinent sans savoir pourquoi. Des personnes qui se trouvent dans une impasse dont leur boîte aussi commence à pâtir.
Ce blocage précis, nous en coaching, on le reconnaît par une petite phrase qui revient souvent.
"Moi je suis comme ça."
"Ça, ce n’est pas pour moi."
"J’ai toujours été comme ça."
“C’est ma nature”.
Une petite phrase qui vous définit. Qui vous rassure. Qui vous déculpabilise.
Qui vous fout dans la sauce.
On a tous une image de nous-mêmes. Une forme de cartographie de qui on est, de nos valeurs, de nos forces, de nos faiblesses. Une sorte… permettez-nous la métaphore business… de SWOT identitaire.
Quand on cherche à améliorer sa performance, à progresser, souvent ce SWOT évolue. On développe des forces, on travaille sur nos faiblesses, on se découvre de nouvelles opportunités d’évolution, on anticipe les menaces.
Mais parfois, même ce travail-là se heurte à un mur. C’est une sensation très désagréable. Quand on a l’impression de bien se connaître mais que quelque chose persiste à nous échapper. Quand on sent bien qu’il y a quelque chose à changer… mais qu’on n’arrive pas à le changer. Voire, qu’on n’a pas envie de le changer.
Eh bien vous voyez, c’est un peu comme quand on cherche ses lunettes dans toutes les pièces de la maison avant de réaliser qu’on les a sur le nez. Car, généralement, ce qui vous bloque est là, non pas sur votre nez, mais sous votre nez.
Et c’est là qu’on en revient à nos petites phrases :
“Moi je suis une tanche en administratif”
“Le management, c’est pas mon truc” (dédicace à 99% des CTO de la planète)
“Je suis plutôt dans l’intuition : le process, c’est pas pour moi”
“J’arrive pas à me concentrer plus de 5 minutes de toute façon”
“Je suis trop sensible pour diriger”
“Les chiffres j’ai jamais su”
“J’ai pas fait d’études, j’ai pas les codes”
“Je vise la perfection sinon ça n’a pas de valeur”
Si vous vous intéressez un peu au dev perso, là vous avez sûrement pensé “ah bah ouais, vous parlez des croyances limitantes”, ces convictions qu’on tient pour vraies et qui nous freinent dans notre progression.
Alors il y a une chose qu’il faut qu’on précise, pardonnez-nous notre franchise : ces croyances ne sont pas forcément fausses à un temps T. On n’est personne pour vous dire que non, vous n’êtes pas nul en maths, en administratif, en process, ou en management. Car ce n’est pas le sujet.
Nous, ces petites phrases, on les appelle plutôt des sentences identitaires. Parce que le truc, avec ces perceptions, c’est qu’elles ne sont pas des constats : ce sont des décisions. Sous couvert de nous définir et d’affirmer notre identité… elles la figent. Elles disent “je suis comme ça” mais surtout “je ne changerai pas”. Elles nous rassurent car elles servent de repère : c’est reposant, de savoir qui on est. Mais parce qu’on s’y accroche, elles nous empêchent d’évoluer. Pour en revenir à notre SWOT (...maintenant qu’on a commencé, il faut bien continuer), c’est comme de décréter que notre case “faiblesses” est gravée dans le marbre. Pour toujours. Quelles qu’en soient les conséquences. Quelles que soient les menaces qui surviennent. Quel que soit l’effet sur nous.
Ça ne sert à rien de se flageller. Ces perceptions de soi qui nous inhibent sont créées et nourries par notre contexte. Elles peuvent venir d'un trauma à l'école (c’est évidemment souvent de là que viennent les sentences de nullité en orthographe ou en maths), d’un échec passé (“je suis incapable de scaler une boîte”), de biais et préjugés qu'on a fini par intérioriser (le fameux “trop d’émotions pour diriger”), ou d'une neurodivergence qui nous a fait sentir toute notre vie qu'on n'entrait pas dans les cases.
Mais si elles frappent particulièrement les entrepreneurs, et avec une force incomparable, c’est parce qu’on les mesure face à un mythe inatteignable.
Préparez-vous pour une hot take à la sauce Punchie. Dans le monde actuel, on a peu de mythologies : ces récits sacrés, partagés par tous et incarnés par des héros inspirants. À la recherche de ces figures tutélaires, on se tourne parfois vers les politiques, mais — on ne va pas vous l’apprendre — ça a ses limites. Alors on se tourne vers les entrepreneurs, et on en fait des demi-dieux. Demi-, car ce sont des figures intermédiaires, pas totalement inaccessibles, toujours humaines. Mais -dieux tout de même : on a besoin de croire que ceux qui nous dirigent sont parfaits, supérieurs, rassurants, puissants et infaillibles en toutes circonstances.
Sauf que… désolés de vous décevoir… ces demi-dieux n'existent pas dans la vraie vie. Les dirigeants qui semblent coller au modèle du leader surhumain sont souvent les produits d’un storytelling parfaitement contrôlé. Le problème, c'est que quand vous, en tant que dirigeant, vous avez des failles (c'est-à-dire... que vous êtes un être humain), et que vous vous comparez à ces figures écrasantes (pour ça, il suffit de lire n’importe quel bouquin de success story business, d’allumer la télé ou d’ouvrir LinkedIn), la conclusion est immédiate : “Moi je ne suis pas comme ça, je ne colle pas au modèle, je ne suis donc pas à ma place."
Cette perception est renforcée par le fait qu’avoir des failles est tabou dans le monde de l’entrepreneuriat. Quand les entrepreneurs demi-dieux se retrouvent entre eux, ils comparent les CA et les montants de levées : jamais ils ne s’avouent leurs doutes et leurs combats intimes (c’est pour ça qu’on a créé cette newsletter, au cas où on ne vous l’avait pas dit).
Résultat, quand on se sent inapte au milieu d’autres qui nous semblent parfaits, ces sentences identitaires nous servent de défense et d’excuse.
Et nous, chez Punchie, on comprend ce réflexe.
On le comprend, mais on n’est pas d’accord.
On n’est pas là pour dire qu’il faut évoluer… pour évoluer. On ne souscrit pas à la pression de l’auto-challenge constant comme devoir moral. Parfois, c’est sain de se ficher un peu la paix quelques temps. D’où notre disclaimer en début d’article.
Le problème, c’est que quand on est dirigeant, la performance de notre boîte dépend de notre performance personnelle. Et que souvent, quand on se heurte à un blocage chez soi, c’est toute la boîte qui se prend le mur avec nous.
Vos sentences identitaires ne sont pas que vos prisons personnelles : elles deviennent les plafonds de verre de votre entreprise. Vous allez faire des choix stratégiques guidés par l’évitement du vrai problème. Lever des fonds pour vous prouver quelque chose, quitte à perdre le contrôle de l’avenir. Laisser votre culture d’entreprise partir en vrille parce que vous refusez de prendre les rênes. Ne pas réussir à scaler parce que vous ne voulez pas manager, et laisser vos meilleurs éléments stagner avec vous. Lâcher à d’autres la main sur les chiffres, et donc sur l’orientation stratégique. Refuser de déléguer pour vous prouver à vous-mêmes que vous pouvez y arriver (...au burnout).
Ce qui coince, dans tout ça, c’est que cette perception de soi est émotionnelle, et pas rationnelle. Quand on pense à notre identité, l’émotion nous emmène dans un vortex. "Je suis nul en management" devient "je suis un mauvais dirigeant" devient "je suis un imposteur".
Bref, quand on persiste à laisser les rênes à notre émotion plutôt qu’à notre capacité d’analyse, et qu’on reste bloqué pour rester cohérent avec l’idée qu’on se fait de soi-même… c’est toute la boîte qui trinque.
Qu’on se le dise tout de suite : le message de cet article n’est pas “Bougez-vous le cul”.
Ce n’est pas “Tu as des croyances limitantes ? Arrête.”
C’est encore moins “Tout est possible avec un peu de volonté”.
On ne va pas vous raconter que vous pouvez devenir du jour au lendemain une brute en management ou un leader charismatique à coups de webinaires et de mantras.
Mais si vous sentez qu'il y a quelque chose qui gratte dans ce qu'on décrit, alors voici ce qu'on vous propose.
Le préalable de tout changement, c’est s’autoriser une forme de mobilité identitaire. En gros, accepter qu’on peut agir sur ce qui nous bloque. Il ne s'agit pas de "se bouger", il s'agit de bouger la manière dont on se regarde. De passer de la passivité ("j'ai une vulnérabilité que je subis") à l'action ("je fais des choix et j'avance"). L'enjeu ? Accepter l’hybridité : refuser que votre faille devienne toute votre identité plutôt qu’une des nombreuses facettes de qui vous êtes. Qu'elle soit une partie de votre chemin, pas une impasse.
Si vous vous sentez d’attaque pour amorcer un mouvement, alors dans les prochains temps, on vous propose de vous ausculter. D’essayer de mettre le doigt sur cette accusation dévalorisante que vous vous répétez en boucle.
Qu’est-ce que vous vous dites à mi-voix dans vos grands moments d’autoflagellation (“eh ben voilà, j’ai encore…”) ? Sur quels sujets avez-vous le réflexe de vous dénigrer ? Quelles critiques vous adressez-vous, que vous n’oseriez jamais faire à quelqu’un d’autre ? Quand vous scrollez sur les réseaux, à quoi l’exercice de comparaison aux autres finit toujours par vous renvoyer ?
Si ça vous aide de noter les choses, alors notez ces récurrences douloureuses à chaque fois qu’elles surviennent. Sinon, vous pouvez demander à une personne de confiance de les soulever (si elle ne le fait pas déjà, dans ce cas le travail est pré-mâché, vous pouvez lui dire merci).
Derrière ces auto-accusations par réflexe, souvent, il y a une faille. Une faille importante. Celle qui, là tout de suite, vous empêche de progresser. L’identifier, c’est le point de départ. S’interdire de proférer ces sentences identitaires, c’est la suite. Mais le chemin est loin d’être terminé.
INTERLUDE : vous trouvez tout ça un peu flippant ?
Dans nos autres articles, on essaye souvent d’être subtils quand on vous invite à prendre contact avec nous. Franchement, sur ce sujet, c'est difficile pour nous de nous retenir. Cette transformation est identitaire et peut donc être vertigineuse. Pour remettre de l’analytique dans l’émotionnel, il n’y a rien de mieux que l'altérité.
Et on sait de quoi on parle. Entre nous deux chez Punchie, on passe notre temps à nous interdire ces sentences l’un à l’autre. Il faut souvent une personne extérieure pour aider à conscientiser les blocages, identifier leur pouvoir de nuisance, puis à les transformer peu à peu en sources de progression.
Alors voilà, on vous le dit, si vous avez envie de ce changement, appelez-nous. Ou quelqu’un d’autre. Mais vous avez grand intérêt à vous faire accompagner.
On ne va pas vous promettre d'avant/après spectaculaire. C'est un processus long et difficile. D’ailleurs, si quelqu'un vous garantit un changement rapide à coups de baguette magique, fuyez : cette personne va juste vous proposer un autre packaging identitaire plus alléchant mais pas plus adapté.
Cela dit, voici un peu d’espoir : là où beaucoup de dirigeants espèrent réussir malgré leurs faiblesses, les meilleurs réussissent grâce à elles.
Ça semble Bisounours ? C’est tout l’inverse. C’est une démarche longue et courageuse, car il s’agit d’une transformation de fond. Il ne s’agit pas de se dépasser, mais d’affronter ce qui nous fait peur. Car c’est seulement là que le changement peut intervenir.
Parce qu’on est soudain capable d’accepter de l’aide. Vous êtes nul en administratif ? Payez quelqu'un. Vous ne savez pas manager ? Ça s’apprend. Quand on cesse d’ignorer ce qu’on ne sait pas faire parce que ça nous terrifie, on accepte de se faire aider plutôt que de faire porter le poids de nos œillères aux autres.
Parce qu’on commence à définir ses propres règles. Plutôt que d’essayer de coller à l'image de l'entrepreneur idéal, on commence à s’affranchir de la norme pour créer sa propre voie, sans se soucier du regard des autres ou des conventions. Vous rêvez de voyager ? Vous pouvez modeler votre boîte pour qu’elle vous le permette. Vous ne savez pas rester concentré en réunion ? Peut-être que c’est parce que le sujet vous ennuie, alors que vous êtes capables de tunnels sur ce qui vous passionne. Et que c’est là qu’il faut que vous vous dirigiez.
Au lieu de vous laisser bloquer par un caillou sur le chemin et de faire demi-tour, vous allez considérer l’obstacle, et pour la première fois, vous demander : comment je peux le dépasser ? Le contourner ? Quel autre chemin je peux suivre, qui soit vraiment le mien ?
Eeeet…voilà. En fait, il n’y a rien de plus à dire. C’est un travail de tous les jours, et vous l'aurez compris : c'est un marathon, pas un sprint. Et il n'y a pas de ligne d'arrivée avec des confettis, ni de t-shirt de finisher.
Mais voilà ce qui va se passer :
Progressivement, vous allez vous sentir un peu plus libre, un peu plus léger.
Soudain, un truc du quotidien qui vous aurait fait péter un plomb avant… va devenir juste une broutille.
L'énergie que vous perdiez sur des détails va se rediriger vers ce qui compte vraiment.
Et un jour, vous réalisez que vous ne cherchez plus à coller à un modèle. Vous tracez votre route à vous. Une trajectoire singulière pour votre boîte, au service de qui vous êtes vraiment, pas une image d’Épinal d’un dirigeant idéal qui n’a jamais existé (ni chez vous, ni ailleurs).
Voilà, vous l’aurez fait. Vous aurez déplacé une faiblesse dans la case “forces” de votre SWOT. Comme nous avec cette métaphore douteuse, qui au final nous a bien servi.
Jean et Félix
Cet article a vous a donné envie de changer quelque chose ? Ou un sujet vous préoccupe dans votre vie de dirigeant ? Pour faire un call de découverte avec Punchie, c’est ici.
N’hésitez pas à partager cet article autour de vous s’il vous a plu ! Et si vous n’en avez pas encore assez de nous, retrouvez nous sur Punchtime en podcast et en vidéo.